lundi 18 septembre 2017

Dans les Fiefs Vendéens

Du 12 au 17 aout

Après Nantes, nous filons en train jusqu'aux Sables d'Olonne où nous fuyons à vélo la foule de touristes, en direction d'Olonne sur Mer. Arrivés au camping des Ormeaux, le seul qui ne soit pas encore plein, nous plantons la tente en vitesse et filons, de nuit, au domaine Saint Nicolas. Les exploitants y organisent une soirée Apéro-concert, au prix de 20 euros par personne. 
On nous sert des bulles (Rosé 2010 ou Blanc 2011) pendant le concert. La chanteuse reprend des classiques de jazz en anglais, puis passe sur de la chanson française. Elle est accompagnée par un guitariste inspiré et expressif, qui se lance dans des solos d'impro très sympa.



Après le concert, l'équipe du domaine a préparé des bouchées apéro pour faire découvrir quelques cuvées au public.

Pendant la dégustation, Thierry Michon nous joue un air d'accordéon.
 
Les vins que nous y goûtons sont représentatifs des cépages cultivés dans cette petite appellation répartie sur 4 terroirs (fiefs) en Vendée sur une surface de 412 ha cultivés par 18 vignerons.
Le domaine Saint Nicolas est situé dans le fief de Brem, au milieu des marais salants, c'est le plus proche de l'océan, et le deuxième en taille après le fief de Mareuil.
Les blancs sont faits à partir de chenin et grolleau gris. Le rosé est un assemblage de pinot noir, négrette et grolleau gris. En rouge, les cépages cultivés sont le pinot noir, le gamay et le cabernet.
Il y a donc une belle diversité de cépages dans cette appellation. Les vins que nous goûtons sont bons. Hélas, nous n'arrivons pas à discuter beaucoup avec le vigneron, très pris par ses clients de longue date, et l'échange n'ira pas plus loin. En tous cas, ce grand domaine engagé en biodynamie ne semble pas avoir de peine à trouver des terres à cultiver. Il existe apparemment beaucoup de friches disponibles datant d'une époque viticole plus active. 


On se repose un peu au camping : fondue au chocolat

Prise de notes à la plage de Sauveterre

Nous nous accordons ensuite deux jours de plage avant de redescendre en train sur Bordeaux avec une escale amicale chez Théo et Florane. Théo comble un trou de notre parcours œnologique, en nous faisant goûter un Cognac XO (extra-old). C'est une eau de vie de raisin, vieillie au moins 6 ans en fûts de chêne. Contrairement à ce qu'on pourrait craindre, ce cognac est moins fort qu'un jeune, les années l'ont arrondi et lui on rendu un goût prononcé de raisin. Vraiment délicieux. Coïncidence heureuse, le cognac que nous goûtons est celui du Domaine des Claires, tenu par la famille Guillon, dont le fils Jonathan a fait ses études avec nous à Nancy ! Étape Charentes validée ?

Avec Théo, devant l'échoppe où ils ont aménagé avec Florane et leur petite Louisa. Une échoppe, à Bordeaux, c'est un appartement en rdc avec des plafonds très hauts, pas d'étage, et parfois, un petit jardin !
  

A Bordeaux, nous en profitons pour changer enfin le guidon de Blandine, tordu au début de la boucle, et pour nous fournir en pneus renforcés compatibles Brompton (16 pouces), que nous avons eu bien du mal à trouver dans cette première partie du voyage. Nous ne partirons plus jamais sans un pneu de rechange en cas de déchirure ! 

 Nous rentrons enfin sur Bergerac le 17 août, pour préparer la suite de nos aventures oeno-cyclotouristiques.
A bientôt !

samedi 9 septembre 2017

De Saumur à Nantes

Du 9 au 12 août 2017, on endure la pluie et les crevaisons pour rencontrer encore nos amis vignerons

Mercredi 9 août, 57 km
Nous quittons Chinon sous la pluie en direction de Saumur. En cette période de vacances, nous n'avons pu y prendre aucun rendez-vous. Entre deux averses, on casse la croute au bord de la Loire, mais elle ne donne plus envie de s'y baigner. Puis la voie verte s'écarte pour grimper dans les coteaux et nous faire découvrir les vignobles de Champigny, et enfin Saumur, qui nous accueille par une pluie fracassante. 

C'est la véraison à Champigny
 

 
Arrivée à Saumur, sous la pluie

Nous nous réfugions à la maison des vins de Saumur - Anjou où Séverine, une charmante jeune femme vêtue de rose, entreprend de nous faire goûter les vins du coin. Quelle aubaine ! Au sec, et en l'espace d'une bonne heure, nous dégustons seize appellations et autant de producteurs. Hips ! Non, sérieusement, nous apprenons à cracher, question de survie. Là encore, les appellations sont nombreuses et il faut s'accrocher pour tout retenir. 

 
Avec Séverine à la Maison des vins d'Anjou et de Saumur

Voici le déroulé de cette dégustation mémorable :

1. Saumur mousseux blanc (70% chenin/30% chardonnay, vendanges machine, 6 mois sur lattes*)
*comme pour le champagne, le passage sur lattes est une étape d'élaboration des vins effervescents pendant laquelle les levures qui créent les bulles en fermentant dans la bouteille, se déposent progressivement vers le goulot (les lattes sont inclinées) avant l'opération de dégorgeage qui élimine ces levures.
2. Anjou fines bulles (90% chenin/10% cabernet franc, anciennement "mousseux d'Anjou")
3. Anjou fines bulles rosé 
4. Crémant de Loire (vendanges main, 12 à 18 mois sur lattes)
5. Saumur blanc (100 % chenin, frais, notes d'agrumes)
6. Anjou blanc
7. Rosé de Loire (sec, assemblage cabernets franc et cab. sauvignon)
8. Le fameux "Carbernet d'Anjou" (en joue, feu !), rosé demi-sec 100% cabernet franc
    
On passe aux rouches heu aux rouges hips 

9. Anjou Gamay, rouge léger et un peu épicé
10. Saumur Champigny (100 % cabernet franc, fruité et corsé à la fois)
11. Anjou rouge (cabernet franc 80% et cab sauv 20%
12. Saumure champignon heu Saumur Champigny à nouveau, élevé en fûts cette fois.
13.-14. Anjou Villages Brissac (encore majorité cabernet franc)
Et on retourne sur des blancs ! moelleux cette fois-ci !
15. Coteaux du Layon (100 % chenin)
16. Bonnezeau (100 % chenin), tend vers un liquoreux, avec des arômes de pruneau 

 Un grand merci à Séverine pour le temps passé à nous expliquer tout ça ! Les vins de Saumur et d'Anjou présentent une grande diversité, avec 2 cépages dominants : le chenin pour les blancs et le cabernet franc pour les rouges.

Vitrail représentant la carte des appellations d'Anjou et de Saumur

Nous avons rendez-vous le lendemain à Faye d'Anjou au sud d'Angers. En fin d'après-midi, nous quittons donc la Loire pour couper et nous rapprocher de notre destination. Une fois sortis de Saumur, assez grande ville, nous nous retrouvons en rase campagne. Nous rêvons d'un hôtel au sec et au chaud pour le soir, mais les bourgades traversées sont mortes, ne comptant même pas un troquet. Vers 20h, nous plantons la tente dans un pré près d'une mare, et soupons de nos derniers vivres : purée-sardines.

Jeudi 10 août, 38 km 
Depuis quelques jours, le pneu arrière de Bastien a une hernie et est légèrement déchiré. Cela occasionne moult crevaisons. Après une énième réparation à l'aube, nous réussissons un départ matinal sous un temps incertain. Mais dans une descente à 35 km/h, le pneu se vide d'un coup dans un feulement de chat aigri. On décide de tenter de faire du stop pour arriver à l'heure à notre rendez-vous. On plie les vélos et on se poste au bord de la route avec une pancarte Faye d'Anjou. 10 minutes après, une camionnette s'arrête et un gentil monsieur à la retraite nous charge (Bastien à l'arrière avec les vélos) et fait même le détour pour nous déposer au Domaine de Juchepie, chez Eddy et Mileine Oosterlinck avec 1h d'avance !

 
Pour descendre au chai à barrique de M. Oosterlinck

Nous arrivons donc à 10h chez ce grand flamand aux belles moustaches, quincailler de père en fils, homme de théâtre et passionné de vin. Il s'est installé à 35 ans en parallèle de son activité commerciale en Belgique, et exploite environ 8 ha en biodynamie. 
Nous sommes dans l'appellation Coteaux du Layon - Faye. M. Oosterlinck produit du blanc sec, du moelleux et du liquoreux. Le chai, très petit, comporte 3 pressoirs verticaux. Après les pressurages (et un léger débourbage pour les secs uniquement), tout est vinifié en barriques, dans le chai souterrain. 
Eddy nous dévoile sans secrets ses techniques de vinification. Pour les moelleux et liquoreux, il fait macérer puis il presse tout doucement avec 2 rebêchages pour extraire un maximum de matière. Cela peut prendre 24 à 36 heures par pressoir ! Il ne met pas de soufre à la vendange.

Les pressoirs du domaine de Juchepie

A la vigne, les sols étant peu profonds, l'enherbement sur le rang est géré grâce à un seul passage de décavaillonneuse. Eddy et Mileine suivent le tracteur et déclenchent à l'aide d'une commande électrique la rétractation des socs quand ils arrivent sur chaque cep. Ils marchent à 2 km/h, mais ne font qu'un passage dans la saison ! 
Ils utilisent aussi beaucoup de tisanes en complément du cuivre et du soufre pour les traitements : prêle, achillée, ortie. En plus des préparations biodynamiques, ils épandent un compost liquide chaque année qui est un concentré de micro-organismes qui boostent l'activité biologique du sol. 

Les vignes, impeccablement travaillées
 
Nous dégustons les secs, riches et gras. Puis les moelleux, équilibrés, gourmands avec un côté agrume. Eddy insiste sur l'importance de l'équilibre entre les sucres, les amers, l'acidité et la minéralité. 
-"C'est comme au théâtre : il ne faut pas que le décors (le sucre) vienne sur le devant de la scène !" Les vins ne doivent pas être écœurants. Une gorgée doit appeler la suivante. Et c'est le cas. Difficile de cracher ces nectars !
Les moelleux de Juchepie sont déjà aussi sucrés que certains Monbazillac (liquoreux). Mais quel délice ! Alors quand nous passons aux liquoreux d'Oosterlinck, ça devient très très concentré. Sur ces vins, récoltés en 5 à 8 tris successifs, les rendements sont de 5 à 10 hL/ha. 
-"Là on passe sur des vins de méditation" nous confie le vigneron. La cuvée La Passion, millésime 2000, a des arômes de cardamome.
Ce sont aussi des vins de garde, comme la cuvée Quintessence avec 210 g/l de sucres résiduels qui mérite de vieillir un peu plus !
Eddy nous fait l'honneur de terminer la dégustation sur un des monbazillac dont sa cave personnelle regorge. Allons-y pour un 1976, Clos Fontindoule. Un délice qui n'a rien perdu avec l'âge et ne fait pas pâle figure derrière les grands vins de Juchepie. Nous apprendrons par la suite que ce domaine était tenu par le maire de Monbazillac à l'époque. Le grand-père de Blandine, Jean Geneste, était très ami avec lui et recevait de ses conseils tant pour la vigne que pour la vinification.

On finit sur un Monbazillac ? Pas de refus !
Eddy et toute sa gamme - et le clos Fontindoule 1976
Le temps de réparer à nouveau la chambre à air pour tenter de gagner Angers, et Mileine nous comble de victuailles pour notre pique-nique. Nous rejoignons ensuite Angers sans autre avarie et prenons le train pour Nantes où nous retrouvons notre ami Lucas.

Vendredi 11 août, 35 km, Nantes-Nantes
Basés dans la ville de Nantes, chez Cécile et Lucas, nous nous réhabituons à l'ambiance des grandes villes. Que de monde ! Nous faisons l'aller-retour dans la journée à la Haye-Fouassière, dans l'appellation Muscadet. Le domaine que nous visitons est situé dans la sous-appellation Muscadet Sèvre et Maine. 




Jo Landron nous fait visiter son domaine avec un autre couple de jeunes, Ingrid et Guillaume, qui lance un magasin de produits bio et locaux sur Nantes appelé "Sources"
Le vigneron, encore un sympathique moustachu, a développé l'approche "terroir" pour diversifier ses cuvées dans une appellation en mono-cépage : le melon de Bourgogne. (Eh oui, contrairement à ce que nous pensions, le muscadet est le non de l'appellation et non pas du cépage !). 


Nous visitons les parcelles où Jo Landron nous décrit précisément la nature des sols liée à la géologie locale. Sur un domaine de 50 ha, il collectionne quelques belles parcelles dans de jolis terroirs avec des cailloux différents, ramenés parfois en surface depuis que les sols sont travaillés. Amphibolites, argiles sableuses, sables à quartz et gneiss, etc. 
A cet intérêt pour les sols, Jo Landron a allié la culture biologique depuis 1998, puis la biodynamie un peu plus tard, notamment avec les 2 préparations principales : l'une à base de silice et l'autre à base de bouse de corne.


Dans le Muscadet, les vignes ne sont pas systématiquement relevées, et ici, Jo Landron les rogne peu, volontairement. - Parcelle des Amphibolites

Le vigneron s'attache ainsi à exprimer au mieux la typicité de chaque terroir, et de faire des vins de garde. Cela passe aussi par l'élevage sur lies. D'après lui, le "muscadet" n'est pas le cépage le plus aromatique, mais il permet de révéler de belles minéralités.
-"On entend trop souvent qu'il faut boire le muscadet de l'année. Je veux sortir de ce cliché."

A la dégustation, nous commençons par la cuvée Amphibolite. C'est un vin très tendu (frais, vif, c'est-à-dire assez acide), avec une forte minéralité. Ce muscadet non chaptalisé est très original et il est préconisé de le déguster avec des huitres, par exemple.
Puis les cuvées s'arrondissent au fil de la gamme et se complexifient avec des nuances allant du citron au boisé ou fumé, et de belles longueurs en bouche. 
Nous goûtons un 2009 (Les Houx) et 2006 (Le fief du Breil). Ce dernier, très corpulent a gardé une belle densité. 



Après cette chouette visite, nous pique-niquons avec nos amis Nina et Olivier au bord de la Sèvre Nantaise, avant de rentrer sur Nantes à la recherche d'un pneu 16 pouces pour Bastien. Mais les magasins sont en rupture de stock. Un vendeur nous confie que d'autres voyageurs itinérants en Brompton sont passés la veille et qu'ils ont pris les 6 pneus disponibles !

jeudi 31 août 2017

La Tourraine : Montlouis/Loire, Chinon, Bourgueil, Cravant les Coteaux

Du 4 au 8 aout 2017 : La Loire au fil du vin


Vendredi 4 août, 47 km
Après Chaumont, la véloroute s'éloigne souvent du fleuve ligérien pour grimper dans les coteaux. Si cela chauffe un peu les cuisses, ça nous permet d'observer les vignes, perchées sur les plateaux. 



Les vignes sont établies très bas dans le vignoble de Montlouis/Loire ; les vendangeurs doivent avoir mal au dos !

 Nous arrivons ainsi à Montlouis sur Loire, où exerce un vigneron réputé, François Chidaine. Sa femme a ouvert "La Cave Insolite" sur les quais, où hormis ses vins, sont vendus pas mal de vins de producteurs bio ou biodynamistes. Faute de pouvoir rencontrer le viticulteur, l'employée du magasin nous relaie fidèlement la vision du vigneron à travers la dégustation de sa gamme.
Des clients commencent à affluer, et ils ont l'air de connaître. On sent bien que ces vins cartonnent !
L'approche de Chidaine est particulière : pas de mention de la certification bio ni biodynamique sur les étiquettes des bouteilles. Pourtant, il fait partie du label Biodyvin.
« Il fait ça par philosophie et ne veut pas en faire un argument commercial » nous explique l'employée. N'empêche que pour le consommateur qui ne connaît pas personnellement le vigneron, il faut faire confiance...

Les appellations Vouvray et Montlouis sur Loire sont deux voisines, rivales disposées chacune sur une rive de la Loire. Elles produisent, à base de Chenin, des vins blancs de toutes sortes allant du sec au liquoreux en passant par les vins effervescents. Leurs vins sont très proches, pourtant, le Vouvray jouirait d'une plus grande notoriété.


A la Cave Insolite, nous dégustons un « Vouvray » pétillant en méthode traditionnelle mais qui a l'appellation Montlouis/Loire car le siège d'exploitation n'est pas situé à Vouvray. 
Idem pour les secs dont les vignes sont à Vouvray mais qui sont commercialisés en Vin de France. On comprend que le vigneron soit fâché avec tout ce qui est certification/appellation. Nous goûtons aussi des Montlouis « tendres » c'est-à-dire des demi-secs. Ce sont des vins que l'on nous conseille de boire sur des plats épicés ou des sushis, et en effet nous avons tout de suite eu l'eau à la bouche à l'évocation de ce type d'accord ! Nous ne goûtons pas au Montlouis liquoreux, plus rare et plus cher. 


A Joué-les-Tours, nous rejoignons nos amis Florent et Léna chez les parents de celle-ci. Grand amateur de vin, Pascal Emile a tout prévu : Vouvray liquoreux 1989 - année de naissance de sa fille - pour l'apéritif, puis 2 Chinon pour le repas. De notre côté, nous avions aussi prévu des vins de François Chidaine. Manque de chance, le Vouvray 89 est bouchonné : Surtout au nez, presque pas en bouche mais quel dommage ! Nous apprécions à la place un chenin blanc sec (Les Argiles 2015) de François Chidaine absolument somptueux. Les Chinon le sont également et nous confortent dans notre envie de partir dans cette direction dès le lendemain matin !


Samedi 5 août, 66 km, Joué-les-Tours - Chinon


Au départ, à Joué-les-Tours

Nous poursuivons la véloroute avec Léna et Florent. On s'écarte moins du fleuve, le parcours est agréable et en bonne compagnie. 


Au loin, le Château de la Belle au Bois Dormant (Chateau d'Ussé)

D'autant plus que les parents de Léna nous ont déposé les sacs à l'arrivée ; quel plaisir de pédaler léger ! Pour couronner le tout, Flo et Léna nous ont donné le contact d'un vigneron à Savigny-en-Véron chez qui nous allons dans l'après-midi. 
Le domaine de Wilfried Rousse est dans l'appellation Chinon. On entre ici dans le territoire du cépage Cabernet Franc, aussi appelé "breton" par Rabelais. C'est le cépage unique pour les rouges de cette appellation. Les blancs, issus du Chenin, ne représentent que 3 % de la production de Chinon.

Wilfried n'est pas issu du milieu viticole. Il s'est installé sur le domaine il y a 30 ans, et le cultive en bio depuis 10 ans. Il est encore locataire sur une partie de ses parcelles. 
- "Dans la vigne il faut être courageux, nous dit-il, mais au chai il faut être fainéant !"
Il attache notamment beaucoup d'importance aux travaux de taille (majoritairement en guyot simple) et d'ébourgeonnage de mai à juin, pendant lequel il fait enlever les entre-nœuds pour bien aérer les ceps. 
Il vinifie en levures indigènes, et troquerait volontiers ses cuves inox contre des cuves en béton de petit volume. 


Dans la salle de dégustation chez M. Wilfried Rousse.Sur une ardoise est inscrit : "le Chinon rend les femmes heureuses lorsque les hommes l'ont bu" !

La dégustation des Chinon rouges de Wilfried est un régal. Une cuvée Les Galuches 2016 fruitée et typique du cabernet franc fait place à Les Puys 2015, arrondie par une année de fût. Nous goûtons aussi un 2011 très bien conservé, issu de vieilles vignes sur tuf calcaire. Nous finissons par une originalité que le vigneron fait pour le plaisir avec des amis : le Vin cent soif. Un vin très peu sulfité vinifié dans les conditions du début du siècle dernier. Vendangé et égrappé à la main, pigé à la masse en barrique, ce vin "nature" constitue une microcuvée intéressante. 
 Merci à Wilfried Rousse pour ce moment privilégié et pour la bonne bouteille offerte à notre départ. A bientôt on espère. 


Vignes à Savigny-en-Véron

Arrivés à Chinon, nous établissons notre QG pour 3 jours au camping sur les bords de la Vienne, faisant face à la citadelle médiévale. 



Dimanche 6 août, repos : 0 km à vélo mais 14 km en canoë sur la Vienne


Pause pic nic sur une plage de la Vienne, toujours avec Flo et Léna. 
L'occasion de déguster un Chinon Clos de la Roche 2011 de Wilfried Rousse




Lundi 7 août, 49 km, Total : 830 km, Bourgueil
Nous faisons l'aller/retour de Chinon à Bourgueil où nous rencontrons les exploitants de deux domaines. 

D'abord le domaine des frères Bertrand et Vincent MARCHESSEAU. Ce dernier nous reçoit pour un excellent briefing sur le marketing. Il nous explique comment leur domaine cherche à se démarquer dans un fort contexte concurrentiel. (L'appellation Bourgueil compte 300 viticulteurs environ pour 1200 ha).


 Avec son slogan "Un bourgueil peut en cacher un autre", il exprime que même si les bourgueil appartiennent tous à une appellation commune, ils peuvent être bien différents les uns des autres. Notamment au sein du domaine, ils ont créé des cuvées par terroirs différenciés avec des codes pour faciliter la compréhension au client. 
- Cuvée Poids Plume pour un vin léger, sur le fruit issus de sols sableux à graviers. 
- Cuvée Funambule pour une cuvée à l'équilibre entre le fruité et la matière, sur des argiles à graviers. 
- Et enfin, la cuvée Roc Collection sur des sols calcaires avec un élevage en cave troglodytique comme cela se fait beaucoup dans le val de Loire. 
Le tout illustré par des étiquettes décalées qui changent fondamentalement du style plutôt classique des bourgueil traditionnels.


"Il faut s'apercevoir de la chance qu'on a quand ça marche bien" assure Vincent, "mais il faut conserver des stocks pour les coups durs". L'année 2016 illustre bien ce propos. Le gel et le printemps pourri ont réduit la récolte à peau de chagrin : 90 % de pertes soit 10 hL/ha en moyenne, rapporté à la surface totale. Avec les parcelles rescapées sur les 3 appellations du domaine (St Nicolas de Bourgueil, Bourgueil et Chinon), les Marchesseau n'ont produit qu'une seule cuvée appelée "Du Chaos nait une étoile". Cette pirouette représente un risque au niveau commercial car la continuité des cuvées n'est plus assurée. "Mais on ne fait pas toujours ce que l'on veut" dit Vincent. Il compte rebondir et en profiter pour remanier à nouveau la gamme en 2017, qui ne compte "que" 30 % de pertes dues au gel...

Nous filons ensuite au domaine Yannick et Benoit AMIRAULT.

 
Benoit constitue la 4ème génération sur l'exploitation de 20 ha de vigne environ. Son père Yannick avait repris la ferme de son grand-père en polyculture et ne cultivait au départ que 3-4 ha de vignes. Ici aussi, la rigueur du travail à la vigne est primordiale, pour viser un raisin de bonne maturité, et vendangé exclusivement à la main. 
Les sols sont travaillés en intercep, et entre les rangs selon la nature des parcelles. Ci-dessous, une parcelle au sol assez sableux, impeccablement désherbée mécaniquement sur le rang.
"Il ne faut pas travailler le sol trop tard dans la saison pour éviter un relargage d'azote" nous explique Yannick Amirault.



Comme à Chinon, l'unique cépage des appellations Bourgueil et St Nicolas de Bourgueil est le cabernet franc. Les vins sont longuement macérés et fermentés en cuve inox puis élevés en foudres ou demi-muids. 
Le domaine produit des vins charnus mais ronds. Pour ne pas avoir des vins trop corsés et tanniques, ils n'assemblent jamais leurs jus de presse à leurs assemblages mis en bouteille.  

Sur une même appellation, un domaine se démarque par une gamme originale avec des étiquettes décalées, et l'autre par sa rigueur et sa régularité dans la continuité de la tradition. Il y a de la place pour tout le monde ! Après ces visites instructives, nous rentrons à Chinon en repassant devant la triste centrale nucléaire bordant la Loire et ses vignobles...


A part cha, Chinon, tout va bien !


Mardi 8 août, 24 km, Cravant les Coteaux
Toujours sans les sacs, on pédale en direction de Cravant les Coteaux. Vu le nom, on s'attend à des montées escarpées, mais au final, le village est adossé au bas du coteau. Nous rencontrons Bernard BAUDRY dans son domaine de 32 ha, dont 10 ha en propriété. Installé en 1975 sur 1,75 ha, il a toujours travaillé en bio, mais n'a opté que récemment pour la certification sous la pression de ses clients cavistes et restaurateurs.




Bernard attache de l'importance à la taille et à l'attache des lattes sans jamais coiffer le pied. Après cela, il est pour le moins d'intervention possible, excepté pour le travail du sol, qu'il préconise en plein. 
Cet ancien conseiller viticole a une approche "pas de". Pas d'ébourgeonnage, pas d'effeuillage à la vigne.
A la vinification, pas de pigeage, pas de remontage, pas de soufre, pas d'analyse !
L'éraflage est total après des vendanges entièrement manuelles. La fermentation se fait le plus possible "baies entières". Après une macération longue de 15 jours - 3 semaines, la fermentation se finit en barriques de 450L, bien souvent l'été suivant.

 Dans le chai de Bernard. Love.

L'élevage en barriques se fait dans une cave troglodytique creusée à même le coteau calcaire. 




 Il ne fait pas non plus de houillage, car sa cave étant très humide et ses barriques anciennes, la part des anges est très limitée.
Il explique que c'est le travail du sol sur le long terme qui permet d'obtenir des raisins plus robustes et aptes à subir une vinification si peu interventionniste. "Il faut 15 ans pour passer en bio, et non pas 3 !"

Nous dégustons d'excellents chinon chez Bernard Baudry, qui fait bien sûr des cuvées parcellaires, selon que ses vignes soient dans la plaine, à mi-pente, ou sur le plateau. Nous terminons avec un Chinon 2000 de sa production, tout à fait divin, avec des arômes de confiture de fruits rouges mûrs. 
Le viticulteur conclut cette rencontre motivante : "L'important c'est de faire un vin qui plaît, à partager, digeste, qui permet de passer un bon moment"...
Sur ces mots simples, à nous de jouer !

Les vignes de Bernard Baudry

Nous regagnons Chinon pour notre dernière soirée sédentaire. Demain, nous reprenons la route, direction Saumur !

Vue des toits de Chinon
 

Cheverny et Cour-Cheverny

Cheverny et Cour-Cheverny les 2 et 3 août. 

(RAPPEL : vous pouvez agrandir les images en cliquant dessus ! et n'hésitez pas à commenter pour plus d'interactivité !)


2 aout 2017, 37 km
Nous avons rendez-vous chez Philippe Tessier à Cheverny. En traversant le village, on passe le chateau qui servit de modèle à Hergé pour Moulinsart, sans avoir le temps de le visiter, mille sabords !  
L'appellation Cheverny regroupe environ 600 ha de vignes. Les cépages plantés sont assez divers : gamay, pinot noir, cot (= malbec), ou encore Pineau d'Aunis pour les rouges ; sauvignon, chardonnay, et menu pineau (= Orbois) pour les blancs.
Sa voisine, l'appellation Cour-Cheverny, ne fait elle qu'une soixantaine d'ha, cultivés exclusivement en Romorantin vinifié en blanc sec. 
Ce cépage originaire de Bourgogne a été "importé" et baptisé par François premier au 16°siècle alors qu'il possédait une résidence à Romorantin. Aujourd'hui, il n'existe plus que sur les 60 hectares de Cour-Cheverny !
Ces appellations sont assez récentes, car elles ont été créées dans les années 90. Les sables de Sologne donnent des sols siliceux sur lequel sont cultivées aussi traditionnellement des asperges.

Philippe Tessier exploite 24 ha mais depuis 2 ans, le gel ne lui laisse que 10 hL/ha de récolte à peine. Le moral n'est pas au plus haut, et le vigneron bichonne donc ses anciennes cuvées en les stockant dans un chai isolé et climatisé à 13 °C.

Beau moment de partage avec Philippe Tessier autour d'un excellent cour-cheverny !

Pour les vinifications, Philippe Tessier est peu interventionniste. Il laisse les fermentations malo-lactiques se faire sur les blancs y compris sur les sauvignons, contrairement à ce qui se fait chez nous. Et pour autant les vins n'ont pas la mollesse (manque d'acidité) qu'on pourrait croire. 
 « Les vignes, travaillées depuis longtemps, vont chercher en profondeur acidité et matière, ce qui donne une belle minéralité au vin », explique le vigneron.
Le romorantin nous plaît beaucoup lors de la dégustation des cour-cheverny de Philippe. Avec des notes d'abricot et de grillé, c'est un cépage ayant de la matière qui supporte bien le vieillissement. Les rouges en Cheverny, à dominante pinot noir, sont également très bien faits.
Philippe ayant fait un voyage inspirant en Géorgie, nous finissons par un vin blanc à macération longue en amphore enterrée. Ce romorantin, élevé sur lies depuis deux ans, est bientôt prêt pour la mise en bouteilles. Ce n'est pas encore un vin orange, mais c'est quelque chose de différent d'un blanc sec. De la matière, des tanins, légèrement oxydatif car ne contenant aucun sulfite...

Départ de chez le vigneron : attention à l'équilibre !


Nous repartons avec deux bonnes bouteilles à partager avec nos hôtes du soir. Nous avons contacté Nathalie et Jean-Paul via le réseau Warm Shower dédié aux cyclotouristes. Nous partageons leur repas et dormons dans un bon lit. Nathalie travaille à pôle emploi mais se révèle maître verrier spécialisée en vitraux à ses heures. Merci à eux pour leur accueil ! 

Nous nous arrêtons à l'improviste à la maison des vins de Cheverny, peu avant la fermeture. Ici, ils ont développé un concept original et futuriste que nous n'avons hélas pas le temps de tester. Sur les présentoirs lumineux, sont disponibles les vins de presque tous les vignerons de l'appellation. On choisit un forfait de x verres de dégustation, et on se sert soi-même les cuvées voulues en déambulant. Le verre fourni est équipé d'une puce qui déclenche le robinet de vin quand on l'approche de la cuvée choisie !!


 




















La traditionnelle démonstration du pliage - dépliage de nos Brompton à nos hôtes, impressionnés. Et l'éternelle question qui revient si souvent : - " Et vous arrivez quand même à avancer avec ces petites roues ? ". Et notre réponse immuable : - " oui oui très bien vous pouvez essayer !"
Des p'tites roues, des p'tites roues, toujours des p'tites roues !






Jeudi 3 août, 37 km, Total 668 km
Quelques km après le départ, nous stoppons à l'improviste chez Luc Percher, sur les conseils de Nathalie. En plein travaux dans son chai, Luc accepte de nous parler quelques minutes, qui se transforment vite en deux bonnes heures ! Ancien éleveur, il s'est installé en 2005 en vigne, sur 9 ha. Également sur Cheverny, Luc vend son vin en IGP, vin de France ou Cheverny selon les années. Il a créé sa propre marque « l'Epicourchois – Luc Percher », et il communique plus là-dessus que sur l'appellation. Ces deux heures sont encore riches en conseils, l'homme étant généreux et dans la transmission. Tout comme son collègue Philippe Tessier, Luc est peu interventionniste au chai, quitte à devoir attendre que les fermentations se finissent naturellement. 
Pour autant « il faut être vigilant en permanence » nous assure-t-il. Nous repartons gonflés en direction des bords de Loire, après une bonne dégustation qu'il a apprécié tout autant que nous. « On a quand même parfois besoin de prendre une pause » nous dit-il alors que nous cherchons les mots pour le remercier du temps passé avec nous. 

Visite à l'improviste chez Luc Percher, créateur du vin "L'Epicourchois", contraction d'Epicure et de Courchois (habitant de Cours-Cheverny)

De Cheverny, nous retiendrons avant tout l'importance de prendre en compte les mauvaises années dans le calcul de nos coûts pour le projet d'installation. Un prix de la bouteille fixé trop bas au départ est difficile à augmenter par la suite. Pourtant, à Cheverny par exemple, il n'y a eu que deux années à rendement « normal » sur les six dernières années. Entre le gel, la grêle et les maladies, les viticulteurs jonglent avec les assurances et les investissements dans des équipements antigel (tours, aspersion). En tant que jeune installé, ce genre de série climatique peut être fatal... 

Pause pic-nic près d'un champ de tournesols


 

Nous gagnons finalement les bords de Loire où nous réparons à grand peine une crevaison sur chaque vélo, le temps de nous remémorer comment fonctionne cette fichue colle à rustine. Finalement, nous trouvons un bivouac idéal au bord de l'eau, du côté de Chaumont sur Loire

 
Nous trinquons aux vignerons de la Loire à la bière artisanale pour changer un peu du pinard qu'ils nous ont si généreusement fait découvrir.

 
La Loire majestueuse nous souhaite une bonne nuit, tranquille comme ses eaux encore limpides à ce niveau du parcours.